BX1 : Equinix ouvre un datacenter modulaire à Bordeaux – Première visite par DCmag

Les travaux ne sont pas encore terminés, mais une des salles est déjà pleine et une seconde démarre son remplissage. Le premier datacenter Equinix à Bordeaux, BX1, est ouvert depuis le 5 octobre.

Il sera pleinement opérationnel lorsque sera connecté le nouveau câble transatlantique Amitié, qui relie l’Amérique du Nord à l’Europe. Ce dernier a été réceptionné à Porge il y a quelques jours, sous les auspices d’Orange qui l’opère. La météo avait retardé son arrivée. La mise en service du câble est attendue début 2022 (selon les estimations d’Orange du 27/09/2021).

L’investissement initial d’Equinix est de 32 millions d’euros, une centaine sur l’ensemble du projet. Pour Equinix, l’investissement doit confirmer la place de la France dans l’offre proposée. Et il s’agit également de premier datacenter Equinix en dehors de la région parisienne.

Le projet a été mené en à peine 2 ans. Les premiers échanges avec les collectivités remontent à 2019. La taille du datacenter a permis aussi d’accélérer l’obtention des autorisations administratives.

Un câble stratégique pour Equinix

Jusqu’à présent, la route normale pour les câbles transatlantiques était l’Irlande et l’Angleterre. Mais avec le Brexit, la situation devenait embarrassante. Avec le câble amitié, l’Europe dispose de son câble à ultra haut débit : 23 tb/s (chiffre Orange). Par ricochet, pour Bordeaux, il s’agit d’une opportunité ainsi que pour Equinix qui y voit un point d’accès privilégier. Le projet BX1 possédera un accès direct à cette liaison qui assurera une connexion très performante entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Pour Equinix, il s’agit aussi de déployer une (éventuelle) stratégie régionale en s’appuyant sur une région dynamique pour opérer des datacenters.

BX1 est un petit datacenter comparé à ceux de la région parisienne, mais suffisant pour couvrir les besoins des entreprises girondines, tout en assurant une connectivité à l’ensemble des datacenters de l’opérateur. En effet, Equinix veut surfer sur la vague du Edge Computing et des datacenters de petite taille. Bordeaux et sa région profiteront d’un nouveau nœud de connexion pour attirer les startups et industries.

BX1 vise aussi à contrebalancer la région marseillaise qui bénéficie déjà des câbles marins et d’une forte attractivité des infogéreurs.

Autre objectif : être plus proche des utilisateurs. Il s’agit de faire bénéficier du même écosystème numérique que dans les autres grandes métropoles. Par exemple, l’hébergeur Chéops Technology déploie ses services sur BX1. La SNCF utilisera aussi ce datacenter pour ses services et données, le tout interconnecté avec les datacenters parisiens. Cette connexion utilise les fibres optiques de la SNCF déployées le long du réseau ferroviaire et qui s’ouvre à une utilisation commerciale.

Un datacenter modulaire

DATA4 avait montré l’exemple avec son site dans le 91. Equinix mise sur la modularité pour monter en puissance selon la demande. Les salles serveur sont dans des modulaires que l’opérateur installe sur “pilotis”. Le module est ensuite raccordé au réseau et aux sources électriques. Chaque module possède ses salles d’alimentation de secours. Puis chaque salle est équipée de baies préconnectées pour faciliter le provisionnement des réseaux et des serveurs des clients.

Equinix veut faire du datacenter à la demande, sur le modèle du SDDC. Actuellement, plus de 30 opérateurs télécoms sont ou seront présents. Chaque module fait environ 500 m². Au total, le site pourra recevoir 8 modules pour une puissance totale de 4 MW. Actuellement, deux modules sont planifiés et installés.

Le bâtiment principal contient la salle de contrôle, la salle télécom, les salles de stockage et les quais de déchargement. Trois groupes électrogènes sont installés un peu à l’écart des modules. Chacun délivre une puissance de 1000 KW. Ils sont capables de garantir l’approvisionnement électrique durant 72 heures. La capacité totale de stockage du fuel est d’environ 200 000 litres, mais environ la moitié sera réellement disponible.

Les modules déployés pourraient aussi être utilisés dans d’autres pays si Equinix développe cette offre.
Quant à l’aménagement des autres modules, il dépendra du succès du site et donc du nouveau câble marin.

Un datacenter vert

Equinix a insisté, durant notre visite, sur l’écologie et la neutralité carbone (pour 2030). Tout d’abord, l’opérateur précise que les deux sources énergétiques sont indépendantes et sur des tracés différents. Par contrat, Equinix s’assure que les fournisseurs d’énergie lui procurent de l’énergie verte. Dans l’avenir, il pourra installer une ferme solaire pour produire une partie de l’électricité nécessaire. La région de Bordeaux bénéficie d’un ensoleillement annuel très élevé ce qui facilite l’électricité solaire. L’approche modulaire permet aussi d’économiser du béton : moins de structures en «dur », moins de bâtiments.

Côté consommation énergétique, Equinix annonce un PUE de 1,2 sur ce site. Selon les responsables, ce PUE devrait être rapidement atteint.

Chaleur fatale : l’épineuse question

De nombreux datacenters mettent en avant la réutilisation de la chaleur fatale, l’air chaud dégagé des salles. À BX1, cette chaleur est actuellement perdue. Situé dans une zone industrielle, sa valorisation est difficile, notamment en chauffage. Et comme la chaleur fatale se transporte très mal, il faut une consommation de proximité. Des propriétaires de serres seraient intéressés, mais rien n’est acté pour le moment. Les dirigeants et les politiques savent que la chaleur fatale devra tout ou tard être utilisée, comme l’ont rappelé les différents discours de l’inauguration du 5 octobre dernier.

Quelques chiffres

  • Jusqu’à 8 modules indépendants de 500 m² environ.
  • Chaque module délivre une puissance de 500 KW
  • Puissance de BX1 : 4 MW
  • PUE annoncé : 1,2
  • 50 emplois directs et indirects créés
  • 30 opérateurs télécoms, dont 50 % nouveaux sur Bordeaux
  • 6,2 ms : la latence officiellement annoncée entre Paris et BX1
  • Température de fonctionnement : entre 19° et 27°
  • Le faux plancher supporte 1,5 tonne / m²
  • La tension des lignes haute tension : 2 x 10 MVA (Méga volt ampère)
  • La densité en KW au m² des modules : 4 KVA / baie en moyenne / module
  • Les salles d’alimentation sont capables de palier à une panne électronique des deux sources durant une douzaine de minutes. Chaque salle de secours pouvait garantir le fonctionnement durant 6 minutes.
Share:

Author: Yves Grandmontagne

Rédacteur en chef de Datacenter Magazine - Co-fondateur de Human, Business & Technology SCOP SAS (éditeur de DCmag) - Journaliste, conférencier et analyste