BX1 : le datacenter du futur selon Equinix… Notre analyse

Analyse - Yves Grandmontagne, fondateur et rédacteur en chef de Datacenter Magazine

Dans un article paru sur son blog – signé Eugène Bergen, Président Equinix EMEA, et Régis Castagné, Managing Director France – Equinix l’affirme, BX1, le premier datacenter ‘régional’ d’Equinix à Bordeaux, fait figure de “datacenter du futur“. Qu’est-ce qui se cache derrière cette affirmation ?

BX1 est le premier datacenter IBX (International Business Exchange) et modulaire neutre d’Equinix. D’une taille inférieure aux grands datacenters auxquels nous a habitué le numéro un mondial de la colocation, BX1 nous est présenté comme une réponse à la croissance rapide des petits métros et au déplacement des workloads vers la périphérie, combinées au besoin urgent de passer à la neutralité climatique.

S’ensuivent les visions de Bordeaux, premier métro français pour la création d’entreprise ; du point de terminaison d’Amitié, le câble sous-marin transatlantique stratégiquement important, disposant d’un accès direct à l’écosystème Equinix Paris ; d’une conception préfabriquée modulaire présentée comme innovante pour des constructions de datacenters plus rapides ; et d’une conception Green by Design.

Notre vision du projet Equinix BX1… d’abord Amitié

La construction du premier datacenter Equinix à Bordeaux porte certes les graines d’une évolution stratégique pour les géants de la colocation, habitués aux grands espaces. Mais elle est d’abord le fruit d’une opportunité, celle d’être présent au point d’atterrissage d’un câble sous-marin stratégique, Amitié.

D’un coût de 250 millions d’euros et disponible début 2022, celui-ci est construit par un consortium principalement emmené par Facebook qui le présente comme sa “dorsale sous-marine”. Amitié est un réseau de câbles de fibres optiques d’une longueur totale de 6 800 km, entre l’Etat du Massachusetts (USA) et Le Porge (France, près de Bordeaux), avec une dérivation sur Bude (Angleterre). Opéré en France par Orange (qui par ailleurs opère déjà Dunant), Amitié embarque 16 paires de fibre d’une capacité maximale de 23 Tbit/s chacune.

Equinix n’a pas raté sa prise de position sur ce câble sous-marin qui présente le double avantage d’offrir une nouvelle route transatlantique ultra-rapide aux flux de données de et vers les USA (rappelons que 90% du trafic financier passe par les Etats-Unis, pour ne citer que celui-là), et d’éviter le passage par la Grand-Bretagne de l’après Brexit, ce que certaines entreprises vont apprécier.

Equinix n’est pas présent sur le hub de Marseille, devancé en force par son concurrent européen Interxion devenu mondial après la fusion avec Digital Realty. A Bordeaux, Equinix pourrait bien mettre la main sur une pépite, celle d’un troisième hub d’interconnexion français, après Paris et Marseille, ce qui d’ailleurs ferait de la France un pays unique, avec non plus 2 mais 3 hubs de peering de niveau mondial.

Modularité, une innovation tardive

BX1 répond à “des principes de conception innovants“, dixit Equinix qui évoque sa conception modulaire. Ainsi nous sont présentées une approche préfabriquée pour réduire le temps de déploiement ; une conception modulaire pour prendre en charge plusieurs configurations ; la mise à l’échelle via une conception commune sur plusieurs tailles physiques ; et une capacité de déploiement dans des lieux par ailleurs limités par l’espace.

La conception modulaire du datacenter n’a rien de nouveau, de nombreux opérateurs de datacenters l’on adoptée depuis déjà plusieurs années, en particuliers dans les datacenters de taille moyenne où elle permet de remplir les espaces et de construire le datacenter au fur et à mesure de l’occupation par ses clients.

Plus novateurs et riches de possibilités pour ses clients, les services d’interconnexion, tels qu’Equinix Fabric, proposés par l’opérateur. Il s’agit de supporter les chaînes d’approvisionnement en permettant aux entreprises de s’interconnecter avec leurs partenaires mondiaux depuis la plateforme Equinix. Indéniablement, c’est l’un des points forts de l’opérateur qui se déclinera désormais avec intérêt sur Bordeaux, et à toute vitesse vers l’Amérique du nord comme le reste de l’Europe. En la matière Orange apporte également son savoir-faire sur les réseaux télécoms, avec des ouvertures vers Marseille (Asie et Afrique), et vers l’Espagne et le Portugal (Amérique latine).

Green by Design, dans l’air décarboné du temps

L’intégration de la double approche du datacenter green alimenté par des sources d’énergies renouvelables est certes là encore novatrice, mais elle est moins nouvelle puisqu’elle s’impose aux datacenters, tant au nouveau français qu’européen, avec une date butoir, début 2030. La conception de tout datacenter aujourd’hui doit répondre à l’objectif d’un PUE bas, 1,2 à 1,3. La conception modulaire est cependant une avancée positive dans le sens de la décarbonation. D’abord le datacenter qui évolue ‘sur mesure’ selon la demande est la garantie d’une consommation énergétique régulée dans la phase de construction. Il en va de même avec l’apport du préfabriqué, autrement moins carboné que l’immobilier classique des datacenters géants.

En la matière, on attendait plus d’Equinix et de son millier de collaborateurs en R&D. Quid de la gestion des ressources ENR sur les grid ? On évoque des projets sur l’exploitation de la chaleur fatale, mais celle-ci est souvent délicate à exploiter. BX1 va certainement tirer profit de sa présence dans une région en avance sur les énergies renouvelables, et peut-être de la production d’hydrogène, ce dernier point n’a pas été évoqué, c’est probablement trop tôt. Mais qu’en est-il de la consommation énergétique de la partie IT ? Certes dans la colocation les serveurs sont de la responsabilité des clients, mais les opérateurs ont également un rôle important à jouer…

De la colocation au edge

C’est probablement là qu’est la révolution annoncée avec BX1 : pour la première fois au monde Equinix présente un datacenter ‘edge’, à savoir non plus un espace géant de colocation, mais bien un datacenter de taille raisonnable destiné en particulier à des usages de proximité. Les entreprises et les organisations, tout comme les géants du cloud public, ont besoin de cette proximité, de disposer de ressources locales à la fois pour s’approcher du temps réel et pour répondre à des objectifs sécuritaires de souveraineté.

BX1 est donc une première mondiale pour Equinix comme pour les grands acteurs de la colocation. Est-il le signe d’un revirement, celui vers la régionalisation ? A l’échelle américaine, certainement. La ‘région’ américaine est l’équivalent d’un Etat européen. Le edge computing peut ainsi prendre place dans un datacenter ‘régional’, dont l’échelle reste pour nous européens celle de l’hypercale. D’ailleurs Equinix propose dans ses datacenters une offre ‘bare metal’ présentée comme une infrastructure edge. Nos acteurs régionaux avec leurs offres d’hébergement sur des plateformes infogérées vont depuis longtemps bien plus loin. Equinix devrait prochainement faire une annonce bare metal en France, nous verrons bien comment elle nous sera présentée.

Si BX1, par sa taille et son efficacité énergétique, est une première mondiale pour Equinix, nous suivrons avec intérêt son développement et surtout ses futures déclinaisons avant d’affirmer qu’il s’agit d’une révolution… Ses clients auront entre-temps pu goûter aux avantages d’un datacenter efficient, donc au coût opérationnel inférieur, aux riches interconnexions, et au développement sur-mesure, ce qui n’est déjà pas si mal.

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Author: Yves Grandmontagne

Rédacteur en chef de Datacenter Magazine - Co-fondateur de Human, Business & Technology SCOP SAS (éditeur de DCmag) - Journaliste, conférencier et analyste