Déménagement de data centers : pas de place à l’improvisation

Par Artus de Drouas, chargé d’affaires certifié ITIL V3 et accrédité AOS Uptime Intitute , APL

Un déménagement de datacenter nécessite une préparation minutieuse, à la fois organisationnelle et technique, pour limiter voire éviter les interruptions de service. De la définition du scénario de déménagement jusqu’à la relance des serveurs, quelles sont les étapes à respecter ?

Déménagement de data center : en amont, définir les stratégies cibles

Relocalisation, remplacement d’une salle IT vieillissante, nouveau scénario d’hébergement, rationalisation des infrastructures IT ou encore externalisation ; de nombreuses situations peuvent conduire une organisation à prendre la décision de déménager un datacenter. Au même titre qu’un déménagement de bureaux, la relocalisation d’une salle IT ne s’improvise pas, se prépare très en amont et implique à la fois les équipes de la DSI et les directions métiers (comptabilité, production, logistique, etc.).

Les datacenters soutiennent une partie de plus en plus importante (si ce n’est l’ensemble) de l’activité des entreprises. Dès lors, avant même toute idée de scénario, la toute première étape consiste à identifier les interlocuteurs capables de fournir l’ensemble des informations nécessaires pour mener ce projet en limitant au maximum, voire en évitant, une interruption de service.

Il s’agit tout d’abord d’établir une cartographie précise des applications, de leurs interdépendances, de leur niveau de criticité, des plages horaires d’arrêt potentiel, etc. Puis, de réaliser un inventaire exhaustif des matériels (serveurs, baies…) associés à l’exécution de ces applications. Un état des lieux qui permet au demeurant d’évaluer les besoins réels en termes de puissance électrique et de refroidissement nécessaires des infrastructures cibles. En fonction des contraintes de criticité et de plages d’arrêt possibles, l’équipe en charge du déménagement peut alors établir les priorités, décider d’un déménagement global ou par lots pour une relocalisation phasée.

La relocalisation d’une salle informatique, puisque l’ensemble des équipements seront « dérackés » des baies, est aussi l’occasion de repenser entièrement son urbanisation : réorganisation des baies, du câblage courant fort et courant faible, des PDU ou encore des équipements de climatisation. Cette étape permet en outre de statuer sur les équipements à reprendre ou à remplacer.

In fine, ce n’est qu’en tenant compte de l’ensemble de ces paramètres qu’il sera possible de concevoir un scénario cohérent, selon l’architecture cible retenue, et en fonction des contraintes de temps d’arrêt et des priorités.

La préparation opérationnelle, au cœur du projet de déménagement

Après cette première phase de définition du scénario de déménagement, qui prend entre un et trois mois en fonction de la complexité et de la taille des infrastructures, commence le travail de terrain, qui conduira à la réussite du projet : la préparation opérationnelle.

Ceci commence par l’établissement du calendrier prévisionnel, tenant compte des différentes contraintes et de l’éventuelle existence d’un PCA, définissant les possibilités ou non de procéder aux déménagements des différents lots, le cas échéant, les jours ouvrés, les jours ouvrables, le week-end ou encore la nuit. Sans oublier les temps de refroidissement et de repos nécessaires des équipements avant et après le déménagement (qui peuvent chacun nécessiter jusqu’à une heure) et bien sûr les temps de transport en eux-mêmes, selon la distance à parcourir.

De façon très concrète, si le déménagement vers un hébergeur se limite généralement à s’assurer des limites de consommation par baie selon les consommations serveurs pondérées, déménager vers une salle en propre revient ni plus ni moins à concevoir ex nihilo un nouveau data center. Cela implique un suivi particulier en termes d’organisation et de gouvernance : exploitant, société de conseil, ESN, etc.

Tout doit être étudié et programmé : le déménageur, le nombre de camions nécessaires, les sites (procédures d’accès, existence d’un quai de livraison, d’un monte-charge…). Et, du côté de la future salle IT, le brassage, les câbles (typologie, longueur, couleur, nommage), l’étiquetage des matériels, les équipements réseaux, les PDU, les baies, les climatiseurs, les flux d’air chaud et froid dans le respect des bonnes pratiques d’urbanisation et d’exploitation, etc. Le tout en tenant compte des caractéristiques techniques des différents équipements IT, selon les normes des constructeurs.

La relocalisation du datacenter : un plan sans accroc ?

Dans la mesure où les étapes précédentes ont été scrupuleusement suivies, la relocalisation physique est sans aucun doute la partie la plus simple du projet. Chaque matériel identifié doit pouvoir quasi-instantanément retrouver sa place (et ses connexions) au sein du nouveau datacenter. Objectif : cette étape doit se limiter à l’exécution du plan défini dans la phase préparatoire, pour réduire au minimum les risques et aléas qui pourraient survenir.

Une fois le « Go » lancé, l’arrêt des machines réalisé et les temps de refroidissement respectés, les équipements doivent bénéficier d’une attention toute particulière et être parfaitement protégés des risques de chutes ou de secousses. L’utilisation de « flight cases » et le recours à des transporteurs spécialisés sont, à ce titre, particulièrement recommandés.

Malgré toutes ces précautions, il est conseillé de souscrire une assurance transport ad valorem : personne n’est à l’abri d’un imprévu, et les coûts de remplacement des équipements IT sont suffisamment conséquents pour ne pas prendre de risques inutiles. Cette assurance est d’ailleurs proposée en standard par les entreprises spécialisées dans la relocalisation de data center.

Dans tous les cas, la plus ou moins bonne exécution d’un projet de relocalisation d’un datacenter dépend des compétences en gestion de projet de l’équipe, interne et/ou externe, qui en est chargée. Il est préférable de s’appuyer sur des collaborateurs ou une société tierce qui disposent d’une solide expérience et ou attestent de certifications capables de démontrer cette expertise.

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