La France est prête à relever le défi de sa souveraineté numérique

Par Sami Slim, Directeur adjoint de Telehouse France

La France détient tous les atouts pour s’imposer en tant que carrefour numérique majeur en Europe et assurer sa souveraineté numérique. Le défi est en passe d’être relevé, notamment grâce à un facteur essentiel de réussite : le développement de ses infrastructures d’hébergement et d’interconnexion des données.

Le numérique devient une nouvelle arène de la géostratégie mondiale. Or, les services numériques, loin d’être purement virtuels, reposent sur des infrastructures physiques telles que les datacenters de connectivité. Ces datacenters hyperconnectés hébergent les données et équipements informatiques des entreprises, et les connectent avec les acteurs de leur écosystème – opérateurs télécoms, opérateurs de cloud, éditeurs de logiciels, etc. Sans eux, le numérique n’existerait pas. C’est pourquoi le développement de ces infrastructures fait partie des priorités du pays pour asseoir sa compétitivité numérique.

La souveraineté numérique française se joue maintenant

Aujourd’hui, les enjeux géostratégiques prennent une dimension numérique. Avec la crise sanitaire, nous avons pris conscience de la nécessité de relocaliser certains pans de notre industrie, mais l’accélération de la transition numérique qu’elle a engendrée a mis en lumière la nécessité pour l’Union Européenne de relocaliser le trafic Internet sur son territoire. L’Europe, en toute légitimité, veut protéger ses données pour éviter toute dépendance ou perte de contrôle.

La France a bien cerné cet enjeu européen, mais aussi national. Les organisations et entreprises françaises doivent garder la main sur leurs données, avoir le choix de les localiser en France et garder une visibilité sur leurs mouvements. Il est donc capital de disposer sur le territoire des infrastructures d’hébergement et d’interconnexion pour y parvenir, et d’assurer ainsi la sécurité industrielle relative aux données.

Placer la France au cœur des échanges de données en Europe donne aussi aux entreprises et acteurs du numérique français les moyens de saisir les opportunités à venir. Parmi elles figurent les JO de 2024 qui vont nécessiter de distribuer des flux télévisuels importants vers le monde entier. Le Brexit numérique ouvre également de nouvelles possibilités avec de nombreux flux de données d’Outre-Manche qui arrivent en France. En effet, les entreprises britanniques ne veulent pas perdre l’accès au guichet numérique unique de l’Europe à l’avenir, sachant que les équivalences de transfert de données accordées par Bruxelles restent révocables. Aujourd’hui, Paris devance Francfort en termes de relocalisation des services financiers britanniques. La position numérique française doit suivre, ses infrastructures de connectivité également.

S’équiper pour affirmer la position de la France comme hub mondial de l’Internet

La France se donne d’ores et déjà les moyens d’atteindre une position stratégique en Europe en développant ses infrastructures de connectivité.

Ainsi, le pays fait figure de territoire hyper connecté en Europe. Son plan de relance fait du numérique une priorité et le pays met tout en œuvre pour que les entreprises situées sur l’ensemble du territoire disposent d’un environnement idéal pour se connecter à leur écosystème local et international au travers d’un réseau privé et sécurisé. Ce plan inclut une initiative unique en Europe : le Plan France Très Haut Débit qui vise à couvrir l’intégralité du territoire en très haut débit d’ici 2022. Dès à présent, opérateurs et acteurs de la connectivité sont à pied d’œuvre pour déployer les réseaux de fibre optique, avec la contribution des collectivités territoriales qui construisent un nombre de lignes record pour les réseaux d’initiative publique.

De plus, Paris se situe aux premiers rangs européens en volume d’interconnexions et de trafic des données. D’une part, la capitale se situe sur un axe Internet stratégique en Europe : située à 10 milli secondes de distance optique de Londres, de Francfort et d’Amsterdam, la ville dispose de liens terrestres redondés vers Marseille et Bordeaux qui constituent des relais vers les câbles sous-marins qui irriguent l’Afrique, l’Asie, le Moyen orient et les Amériques. D’autre part, les acteurs de la connectivité, datacenters en tête, y investissent massivement dans de nouvelles infrastructures. Ainsi, Paris a toutes les chances de devenir la seconde ville la plus attractive au monde derrière Francfort en matière d’échanges de flux de données, avec une capacité cumulée de plus de 100 térabits par seconde.

Grâce à des datacenters hyperconnectés directement implantés sur le territoire, le pays peut relocaliser le trafic Internet dans l’Hexagone, maîtriser les flux de données, donner davantage de moyens et d’opportunités à ses entreprises de produire et d’exporter des services plus facilement et à moindre coût. Le tout avec une performance et une sécurité qui garantissent un avantage de compétitivité face à d’autres grands marchés numériques mondiaux. La France peut ainsi devenir la colonne vertébrale et un point de transit stratégique pour les données échangées en Europe.

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