Record du monde dans les méga-acquisitions de datacenters : notre analyse

Les fonds d’investissement font leur marché dans les datacenters… et en l’espace de quelques heures battent deux fois les records du monde d’investissement dans ce secteur

En l’espace de quelques heures, ce lundi 15 novembre, le monde du datacenter a affiché deux records du monde. L’annonce de l’acquisition de CoreSite par American Tower, pour 10,1 milliards de dollars, a constitué un premier record. Le précédant était détenu depuis le début de l’année par Blackstone avec l’acquisition de QTS Data Centers, pour 10 milliards de dollars. Quelques heures plus tard, le record est pulvérisé par les investisseurs KKR et Global Infrastructure Partners avec l’acquisition de CyrusOne, pour 15 milliards de dollars.

Aux Etats-Unis, après la déconfiture des secteurs immobiliers des centres commerciaux et des bureaux, les grands investisseurs s’intéressent aux datacenters. Secteur à forte densité de capital, au sein des infrastructures numériques, il offre des rendements intéressants, un modèle pour la finance. A la condition que l’appétit singulier ne se transforme en une nouvelle bulle financière. A la vue des sommes engagées, le risque en vaut certainement la chandelle, mais la menace doit être prise au sérieux sur le marché US.

15 milliards de dollars pour acquérir CyrusOne

CyrusOne exploite plus de 40 datacenters réunis dans des campus massifs. Elle travaille principalement avec des opérateurs hyperscale et des grandes entreprises. Le groupe s’est créé en 2000, au Texas, s’implantant à Houston et Dallas. Son acquisition en 2007 par la société de capital-investissement ABRY Partners lui permet de s’étendre sur ce riche état. Puis en 2010, il est acquis par Cincinnati Bell, contre 525 millions de dollars, et commence à s’étendre sur les Etats-Unis. Avant d’être scindée pour une introduction en bourse en 2013, qui va lui permettre de partir à la conquête du monde.

L’acquisition de CyrusOne pour 15 milliards de dollars – en espèces et reprise de dette – est la plus importante opération de Q&A (fusion et acquisition) de l’histoire du secteur des datacenters.

Que faut-il attendre de cette méga-acquisition ? Après des années de doutes, et une valse des CEO à sa tête – Dave Ferdman, co-fondateur et actuel président par intérim, est le quatrième CEO de CyrusOne en l’espace de 18 mois -, CyrusOne devrait enfin rencontrer la stabilité. Et s’appuyer sur un partenaire financier solide pour accélérer dans ses implantations mondiales, à la fois en vitesse et en échelle. De quoi menacer les deux géants que sont Equinix et Digital Realty ? Pourquoi pas ! Le conseil d’administration de CyrusOne ne s’y est pas trompé, il a approuvé la vente à l’unanimité, qui devrait se réaliser au deuxième trimestre 2022… si les actionnaires donnent leur accord. Accord qui fera de CyrusOne une entreprise privée.

Qui sont les acquéreurs ? Le fond KKR existe depuis 40 ans. Il s’est fait connaitre en réussissant en 1989 la prise de contrôle de RJR Nabisco. Il est entré dans le secteur des datacenters en 2020, avec la création de Global Technical Realty (GTR), qui a acquis des datacenters en Europe pour 2,5 milliards de dollars. Pour acquérir CyrusOne, KKR s’est appuyé sur Global Infrastructure Partners (GIP), l’un des plus grands fonds d’infrastructure au monde, qui gère plus de 79 milliards de dollars d’actifs et de bureaux dans les principales capitales financières mondiales, un habitué des grands projets aux rendements prévisibles (aéroports, ports, production d’énergie, et aujourd’hui datacenters).

10,1 milliards de dollars pour acquérir QTS Data Centers

American Tower est connu comme étant le plus grand propriétaire d’infrastructure sans fil au monde, avec plus de 170 000 sites qui génèrent quelques 7 milliards de dollars de revenus annuels. Avec l’acquisition de CoreSite, qui dispose de 25 datacenters aux Etats-Unis, le groupe prend un sacré virage dans la diversification, pour un investissement de 10,1 milliards de dollars. Un record d’investissement dans les datacenters qui n’a cependant tenu que quelques heures.

CoreSite exploite donc 25 datacenters dans 8 états américains, dont la Californie avec Los Angeles et la Silicon Valley, à Chicago, à New York et en Virginie du Nord. Il offre sur ses datacenters 21 rampes d’accès au cloud et plus de 32 000 interconnexions. Mais CoreSite possède surtout une pépite, One Wilshire à Los Angeles. Ce bâtiment héberge un datacenter qui est le terminus, ou le point d’entrée, d’un des plus gros trafics de la planète, avec des câbles sous-marins parmi les plus importants qui relient les Etats-Unis à l’Asie. Une plaque tournante clé pour le trafic de données, avec un centre de stockage et d’interconnexion de données.

Quel sera le prochain record ?

, Les acquéreurs paieront 90,50 $ par action, une prime de 25 % par rapport au cours de clôture de CyrusOne vendredi, dans le cadre d’une transaction entièrement en espèces qui inclut la prise en charge de la dette. La transaction a été approuvée à l’unanimité par le conseil d’administration de CyrusOne et devrait être finalisée au deuxième trimestre 2022, en attendant l’approbation des actionnaires.

S’il est conclu, l’accord sera le plus important de l’histoire des centres de données, dépassant l’ acquisition de 10 milliards de dollars de QTS Data Centers par Blackstone plus tôt cette année, et le rachat prévu de 10,1 milliards de dollars de CoreSite par American Tower , qui a été annoncé ce matin.

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Author: Yves Grandmontagne

Rédacteur en chef de Datacenter Magazine - Co-fondateur de Human, Business & Technology SCOP SAS (éditeur de DCmag) - Journaliste, conférencier et analyste