Rififi à Brétigny-sur-Orge : Amazon veut construire un datacenter, élus et habitants attendaient un entrepôt et des emplois

L’affaire n’est pas nouvelle, Amazon envisage depuis 2019 de construire un datacenter à Brétigny-sur-Orge, sur le site de la Base 217, l’ancien Centre d’essai en vol (CEV). Le terrain de cette ex-base aérienne de l’OTAN, jusqu’en 2012, a été acquis par Amazon en 2016.

A l’origine, c’est à dire en 2016 et 2017, le projet d’Amazon présenté aux édiles locaux prévoyait la construction de deux entrepôts logistiques, dont le premier a ouvert en 2019 et a entraîné la création de plusieurs milliers d’emplois. Le second entrepôt n’a jamais été construit et Amazon aurait retiré son permis de construire, invoquant un changement de stratégie.

Le projet vient de franchir une nouvelle étape, confirmant la nouvelle destination vers AWS, avec le dépôt auprès des services de l’Etat, la préfecture de l’Essonne, d’un dossier ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), étape indispensable avant l’obtention d’un permis de construire.

Il s’agit désormais pour Amazon de créer un nouveau datacenter, qui ferait partie de la région AWS EU Paris.

L’opposition au projet

Comme cela devient le cas dans la plupart des projets de construction de datacenter en France comme en Europe, le nouveau projet d’Amazon fait l’objet d’interrogations de la part des élus, et même d’oppositions emmenées par des habitants, dont certains ont lancé une pétition en ligne (cliquer ici).

17 maires de l’Agglomération Cœur d’Essonne ont envoyé un courrier le 20 octobre 2020 au président d’Amazon France pour lui faire part de leurs interrogations. Le site de la pétition offre un accès à ce courrier. Dans le même temps, les dépositaires de la pétition pointent l’absence de réaction du Maire de Brétigny-sur Orge… qui ne figure pas parmi les 17 élus signataires, mais qui a interpellé Amazon, voir ci-dessous.

Que les opposants au projet de datacenter reprochent-ils à Amazon ? Nous citons leurs demandes :

  • les conséquences environnementales avec des installations extrêmement énergivores qui en plus d’être contestables écologiquement, pourraient remettre en cause la qualité électrique de l’approvisionnement des habitants ;
  • les interrogations éthiques sur l’utilisation et le traitement des données hébergées dans un tel centre ;
  • la question fiscale pour une société qui s’est toujours refusée à respecter les règles de notre pays concernant le paiement de ses impôts ;
  • la modification du projet initial ce qui ne permet pas aux habitants de l’agglomération d’accéder au nombre d’emplois promis au départ.

Et d’indiquer : “Nous pouvons donc nous interroger sur les impacts économiques de ce site pour notre ville d’autant plus que les installations de type Data Center sont très peu créatrices d’emplois à l’hectare.

Les élus interpellent la direction française d’Amazon

Les Maires de Brétigny-sur Orge, Morsant sur Orge et Saint Michel sur Orge, directement impactés par le projet qui se tient sur leur territoire, ont pour leur part interpellé le président d’Amazon France, Gilles Groues, dans un courrier daté du 22 octobre 2020 qui a été porté à notre connaissance.

Les deux courriers d’élus interpellent Amazon sur la bascule du projet d’entrepôt à celui de datacenter, semble-t-il sans information ni consultation. La question de la création d’emplois, avec le déficit lié à l’abandon du deuxième entrepôt, est évidemment centrale. Les consommations électrique et d’eau soulèvent également des interrogations.

Plus nouveau dans la démarche, les élus posent (rapidement) la question de la souveraineté des données. Sur le volet fiscal, ils s’interrogent sur la contribution du nouveau projet à la fiscalité locale, et invitent à la sécuriser via une convention fiscale.

Notre conclusion

Notre conclusion, c’est que nous risquons fort d’être loin de la conclusion de cette affaire. Les implantations de datacenters soulèvent aujourd’hui de nombreuses interrogations, voire des blocages politiques et citoyens. Plusieurs projets en région ont été ralentis par des actions citoyennes et des oppositions politiques. Et de grandes agglomérations, Amsterdam et Singapour, ont imposé un moratoire qui a stoppé, temporairement, la construction de nouveaux datacenters.

Nous retiendrons également une certaine méconnaissance du datacenter chez ses opposants, sur le risque environnemental, sur les efforts consentis pour l’efficacité énergétique et vers le zéro carbone, ou encore sur l’apport de valeur aux territoires. Mais surtout, les porteurs de projets doivent désormais s’attendre à affronter des blocages systématiques et idéologiques ! En plus de l’administratif à la française…

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